La liste.

Il m'avait demandé des devoirs. Je lui dis que j'avais passé l'âge. Mais il n'en démordait pas. Et en avait rajouté une couche.
"Tu me feras deux listes. L'une où tu m'avoues tes écarts. Et l'autre qui récapitule le cadre de nos pratiques. Limites, consentement et exploration potentielle.
C'est une question de sécurité. Non négociable."
J'avais zéro marge de manœuvre. 
J'avais beau le flatter : je te fais confiance, on se connait un peu maintenant, tu m'as cernée. Dans le pire des cas, je te dirais que c'est trop sur le moment. On fait ça au feeling. S'il vous plaît Monsieur. Ou bien me fâcher : j'en sais rien, c'est mouvant, c'est inutile, j'aime pas ton exercice, tu peux toujours rêver.
Il ne me cédait aucun centimètre. Je râlais dans mon coin.

Le jour J, alors dans le train, il parvint même à doucher ma joie d'aller le voir enfin.
"Je suppose que c'est toujours non fait. Si tu ne veux pas avoir à l'écrire, aidée de quelques coups de martinet pour t'encourager. Je te conseille de le faire dans le train."
Il avait réussi à me rendre un peu peste, et je ne lui répondais que par pirouettes et esquives, espérant l'agacer suffisamment pour qu'on règle nos différends dès ce soir. Et puis, me prenant au jeu de ses menaces, je mis à minauder aussi un peu.
"Aidez-moi, Monsieur. L'inspiration m'a malheureusement quittée. Je suis au regret de vous informer que je n'y arriverais pas sans vous."
J'en faisais des tonnes et visiblement, ça l'amusait aussi.
Il me transportait loin. Plus loin que le train ne pourrait jamais m'emmener. Juste en lisant ses messages, je voulais maudire la distance qui nous séparait encore un peu. Et puis surtout me délecter de mon impatience et de ma frustration. Schizophrénie fantasmagorique. Sadomasochiste (presque) assumée, j'aimais avoir mal de trépigner autant. Uniquement parce que je le verrai dans quelques heures – évidemment ! – mais je profitais alors d'une douleur moins désagréable qu'à l'accoutumée.
Il me promettait des tortures que je ne pourrais jamais savoir endurer en réponse à mes facéties mutines. Lui aussi, en rajoutait beaucoup. Il me rendait tellement vaporeuse. Je disparaissais derrière ses mots.
Pendant quelques minutes, je crois, je m'étais assoupie, portée par le songe qu'il avait façonné pour moi.
Je fus soudain tirée de ma rêverie, rentrant dans le tunnel, les oreilles brutalement bouchées. La gare n'était plus très loin.
Baissant les yeux pour ramasser mes affaires, je ne pus que savoir ce qu'on risquait de faire ce soir.
Feuille vide.




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