Le divan de Sigmund


- Docteur, il faut que je vous raconte.
J'ai fait un rêve. Enfin, je crois.
J'étais dans son lit. Il m'enculait. Gentiment. Violemment, peut-être. Mais de cette violence ouatée. Aseptisée presque. Je ne le sentais uniquement parce que je savais qu'il était derrière moi. Mes seins frottaient contre ses draps. Je crois que j'aimais ça… Mais je n'étais déjà plus là. Pour supporter l'intrusion, je pense, je me suis évadée. Sans le vouloir mais… C'était un soulagement. Comme si le monde était plus grand que son lit. Qu'il y avait d'autres choses à voir. Une fenêtre rafraîchissante et bienvenue.
Docteur, je me suis retrouvée dans un hall d'aéroport. Ou de gare. Peu importe. Des gens attendaient. Je les voyais de dos. J'arrivais presqu'en courant. Je sentais une cohue, une urgence. Mais je ne la voyais pas. Je crois que j'étais pressée aussi. Mais irrésistiblement attirée, j'ai pris le temps de m'arrêter.
Il y avait un homme. Presque de trois quarts. Je crois que je le connaissais. C'était peut-être Lui. Mais plus je le cherchais, plus il ne devenait qu'une silhouette masculine. Utile uniquement par sa présence.
Mon œil était déjà obnubilé par autre chose. Il y avait Elle. De dos. Une robe chemise, je crois. Elle rayonnait. Je l'aimais déjà. Elle était magnétique. Une reine. Les cheveux coupés court à la garçonne. Mais sculptés. Travaillés. Sa nuque fine et dégagée, son port de tête altier. Vous savez, Docteur. Elle était ce que je ne serais jamais. Moi, je vis avec une tignasse ébouriffée et je m'avachis sur les sièges. Regardez-moi sur votre divan. Et son aura, Docteur. Elle m'éblouissait. Je me sentais obligée d'aller la voir, lui dire combien Elle me subjuguait. Je voulais devenir son esclave. Tant pis si je passais pour une groupie rougissante. Elle était tellement…
Je me suis approchée, Docteur…
Et là, Elle me ressemblait. Douche froide. C'était moi. En fait, c'était moi. Je ne tourne pas rond. Une vision totalement narcissique… Il faut que je guérisse, Docteur. S'il vous plaît… Aidez-moi.
Vous ne pouvez pas comprendre. Mon attraction… J'avais l'impression qu'Elle pourrait me sauver. De tout, de rien. Qu'Elle me donnait un but dans la vie, si Elle me donnait déjà l'audace de l'approcher. Un espoir, une espérance même que je n'avais jamais connue. Tout ça pour ça.
C'était juste moi…
En me réveillant, j'étais anéantie. Encore sous le coup de la déception, je me suis mise à pleurer, silencieusement. Comme une petite fille. Il m'a bercée, sans comprendre. Jusqu'à ce que je me rendorme.
La désillusion était trop grande, trop brutale. Dans les rêves, tout se fait toujours par à-coups. Ça fait plus mal. J'avais presque envie de mourir.
Mais Docteur, comment vais-je faire maintenant puisque ce n'était que moi ?..






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