Tel est pris celui qui croyait prendre...

” Bon, Mademoiselle, rappelez-moi votre ardoise, je vous prie.


– Je mérite vingt-cinq coups de canne, Monsieur.”


Je n’ai pu retenir un sourire dans la voix. Malicieux et surtout anxieux.

Je suis nue. À l’exception de ce serre-taille qui entrave ma respiration. Il l’a noué presque au maximum de ses capacités. Penchée sur une commode basse où il a pris soin d’exposer tous les instruments de châtiment qui lui serviront à parfaire mon éducation, comme il se plaît à le dire, je me mords les lèvres. Et détourne le regard quand il cherche mes yeux.

Même en si fâcheuse posture, j’arrive encore à vouloir le défier. Insensée !


Je déteste sa petite baguette, toute fine, toute mignonne. Redoutable, oui !


Un fois dernière, en échauffement : cinq coups avaient eu raison des prémices de ma rébellion. Cinq légers coups, avait-il cru bon de préciser.

“Juste pour que vous fassiez gentiment connaissance. Ne compte plus sur mon indulgence si ton comportement est aussi déviant.”


Une goutte froide de sueur avait alors dégringolé dans mon dos, retenant un gémissement, mon bassin légèrement basculé vers l’avant. Une lueur d’affolement avait traversé mon regard.

Il n’avait rien loupé du spectacle. Je m’étais alors enfermée dans la salle de bain, prétextant une bonne douche.


Il n’était pas dupe. Cela faisait plusieurs semaines qu’il distillait son poison à me parler de sa canne, pour un oui ou un non…

Malgré mon aversion, elle peuplait à présent mes songes et j’avais toutes les peines du monde à rester stoïque lorsque dans ses messages, il me disait qu’il me ferait marcher à la baguette.

Bien sûr, je continuais à le provoquer. Comme si ses menaces allaient faire mouche… Et puis quoi encore !

Par habitude et par jeu, je ne pouvais me résoudre à changer la dynamique. On ne change pas une équipe qui gagne ?

Savait-il que parfois je forçais le trait pour masquer mon excitation ou mon appréhension ?

Je n’oserais probablement jamais le questionner ainsi… Peut-être après deux, trois verres – et encore…


Aujourd’hui, j’avais envie de me battre contre lui et surtout contre moi. Nos derniers rendez-vous avaient pu lui faire croire qu’il m’avait complètement dans ses filets ; j’avais envie, et même besoin, de le détromper.

Il se lasserait si je devenais uniquement son petit automate obéissant ? S’il n’y avait plus aucun défi ? Il m’emmènerait où les prochaines fois ?


Et puis, surtout quand je le quittais, je ressentais une rage sourde qui me guidait droit à la salle de boxe avec une impérieuse envie de punir ce vilain sac de frappe, et mon corps beaucoup trop malléable sous ses doigts, par la même occasion.

Je rentrais exténuée, courbaturée et pleine des marques qu’il avait patiemment apposées sur ma chair.

J’aimais le lendemain avoir mal partout, avoir du mal à traîner ma vieille carne. Je me disais que c’était bien fait pour moi, je n’avais qu’à pas lui obéir.

Tout semblait si compliqué, ces matins là.

Pourtant penchée sur le bois, je devenais alors si sûre de moi. Quand je pénétrais dans sa salle de torture, plus rien ne comptait. Sauf nous deux. Et tant pis, si les jours qui suivent, j’avais du mal avec la redescente, à assumer. Je serais plus assidue à la salle et ce ne serait pas plus mal.


Il avait évidemment tiqué à l’évocation de ma punition. Plus exactement au chiffre. On avait préalablement convenu de seulement dix coups et il avait prévu de me frapper comme une brute. Je lui cassais ses plans. La fierté de le piéger me soutenait assez pour ne pas flancher ; je savais que les représailles seraient sans nul doute à la hauteur de l’affront. Et avec lui, mes espoirs étaient rarement déçus…






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