Battre le réveil

Nus ce matin, je ne cherche pas à me coller à toi. Mon corps est lourd. De tous nos excès de la veille. Mes mouvements sont gourds. Je vais passer ma journée au lit, et ça ira mieux demain. Mais tu ne l'entends pas ainsi. D'un bras autour de ma taille, tu me ramènes vers toi. Je grogne, je gémis. Je n'ai même pas la force de t'interdire ton geste. Mes fesses contre tes cuisses se rappellent douloureusement à mon souvenir. Une main sur mon pubis sensible, tu t'assures de mon état. Évidemment, même plus que fourbue, je mouille. Je tente de m'extraire de ton étreinte. Tu prends mes gigotements pour une invitation. Tu te redresses un peu dans ton lit. 

- Viens par là. Petite Chose.

Ton chuchotement me donne des frissons. J'ai envie de me faire dorloter. D'une main fourrageant ma tignasse, tu me fais pivoter en douceur. Vers ton torse. Je me laisse faire. Me faisant descendre un peu, je me retrouve nez à nez avec ton érection matinale. J'humecte mes lèvres et me dandine pour déplier mes bras, nichés au chaud, sous moi, pour te prodiguer des caresses. J'ai la réaction attendue : je te facilite la tâche pour me faire encore plus glisser vers tes jambes. J'essaie de me retourner pour retrouver ta hampe mais d'un coup sec sur mon crâne, je me retrouve le torse hors du lit. Les fesses sur tes cuisses. Ta main toujours dans mes cheveux, tu forces ma cambrure exagérément. J'ai la nuque raide. Je couine. Laisse-moi, j'ai des courbatures.

- Jolies couleurs.

Je rougis. C'est idiot. Tu admires les stigmates que tu m'as laissés hier. Tes doigts frôlent ma peau, retraçant les coups. Je frémis.

- Tu sais que ça, ce n'était qu'une partie de la punition, n'est-ce pas ?

Je me fige. Non, je l'ignorais.

- Je crois qu'aujourd'hui tu vas vraiment comprendre à quel point j'avais envie de te punir.

Je cille, mon petit cerveau mouline dans le vide. Je me sens dégouliner sur ta peau. La tête renversée, je peine à avaler ma salive. Je m'étrangle à chaque passage dans ma trachée.

- Ce serait moins compliqué si tu ouvrais la bouche.

Ça voudrait dire me baver dessus dès le matin, et je m'y refuse. Je préfère supporter mon spasme pénible. Pour le moment. 
Tu intervertis tes mains dans mes cheveux et caresses mon visage, avec la droite à présent libre. Je prends ça pour une gentille attention. Jusqu'à ce que je comprenne. Ton pouce et ton index miment des traces aux commissures de mes lèvres. Inexistantes pour lors. J'ai un petit sourire désabusé qui fait tressaillir mon ventre. Tu as compris que j'avais saisi, tu n'as plus besoin d'être aussi doux. Tu me pinces la bouche, comme pour un cheval récalcitrant. J'ouvre grand. Tu enfonces deux doigts. Le majeur accompagné de l'index. Je suce par réflexe pour ne pas m'étouffer. Je salive d'autant plus que je les aime tes doigts. Quand tu les retires, mes larmes silencieuses vont rejoindre ma bave sur mon menton. Tu lâches enfin mes cheveux, mon buste retombe dans le vide. Le sang monte directement à la tête, je remonte comme je peux. M'appuyant sur le matelas pour soulager mes abdominaux, je m'essuie dans mon coude. Et toi, sur mes fesses sans égard pour mes bleus. Je geins.

- Attends un peu avant de piailler... Là ce n'est rien. Encore...

Je me raidis, pressentant la suite. Qui n'arrive qu'une fois que je me mets à en douter. Ta main s'abat dans un claquement mouillé qui me dégoûte. Ai-je vraiment bavé autant ? Je n'ai pas le loisir de me questionner plus avant, ta main gifle encore mon derrière. Irrégulièrement. Je ne peux rien anticiper. Je crie, retrouvant ma voix. Je remue pour échapper à cette fessée, qui a l'air de te t'enchanter. Comme pour me punir de toutes les fois où je t'en ai réclamée une alors que tu venais à peine de te réveiller. Tu fais une petite pause, je me redresse croyant la sentence terminée, mais d'une main sur mes omoplates, tu retiens mon geste. Je m'apprête à te demander à nouveau pardon pour pouvoir être enfin libérée quand tu craches sur mon cul. Mes yeux s'écarquillent. Ai-je rêvé ? Tu reprends ta cadence, et à l'effet humide de ta tannée accentué, je sais que non. Je n'ai pas le temps de m'offusquer, je piaule. Tu viens de viser mes ecchymoses bien trop fraîches. Je me cabre. Je souffle par la douleur, mais l'efficacité n'est que limitée. Et mes muscles endoloris ne font que protester. Je ne module plus le volume sonore de mes prières.

- Abîme-moi encore les oreilles et je prends le paddle.

La menace n'est pas feinte, je me confonds aussitôt en excuses. Je me bâillonne avec mes mains pour supporter la suite. Tu ralentis le rythme, je gigote moins et je tente d'être moins bruyante. Ça devient presque supportable quand tu évites les hématomes trop sensibles. J'arrête de serrer les fesses, c'est inutile. Et épuisant. Ma concentration est ailleurs : ma position fatiguante et mes gémissements en sourdine. Je ne supporterais pas autre chose que ta main vu l'état de mon cul. Strié par tes soins à la canne hier soir. J'avais été prévenue, plusieurs fois même, mais si ça m'avait calmée, je ne t'avais malgré tout pas pris tout à fait au sérieux. C'était probablement ça que tu me faisais le plus payer d'ailleurs. Tu t'étais appliqué à me faire crier dès le premier impact pour justifier mon foulard en bâillon au coup suivant. Après quelques instants, tu t'étais mis en tête de me décrire la scène. Mon épiderme meurtri, les traces qui se formaient et mes fesses se déformaient au gré de ton tempo. J'avais fermé les yeux pour ne plus t'entendre, mais je ne faisais que mieux visualiser. J'avais tiré sur mes liens, mes mains accrochées au plafond ne me laissaient aucun espoir d'échapper à quoi que ce soit. Tes mots me vexant bêtement, des larmes avaient roulé sur mes joues. Mon bâillon avait commencé à devenir bien humide. Mais ce n'était pas ainsi que tu voulais me faire pleurer. Alors tu avais continué jusqu'à ce que je pleure d'une douleur non feinte. Quand tes doigts avaient effleuré ma peau, j'avais feulé dans mon foulard, cherchant à me soustraire coûte que coûte à tout contact. Tu m'avais jugée à point. Réajustant les cordes, tu m'avais mise à genoux devant toi, d'un coup de canne sur la cuisse. Sadiquement placé. N'ayant plus la force de regimber, j'étais tombée sur mes rotules. Presque de soulagement. J'avais pensé te sucer pour clore le chapitre punitif. Mais tu avais eu autre chose en tête. Te vêtant de latex, tu m'avais prise en levrette. Endiablée. Te moquant pas mal que ta peau réveille mes blessures. Et me collant même par moments de petites fessées aussi douloureuses qu'une brûlure. Je m'étais à moitié étouffée dans mon bâillon, ahanant autant de désir que de douleur. Tu avais eu pitié, me l'ôtant pour entendre mes gémissements plaintifs. Je n'avais alors plus la force de crier, les cordes vocales enrouées. J'avais cessé de te prier, c'était sans effet. J'aurais aimé que tu titilles mon clitoris, mais je n'étais pas en position d'exiger quoi que ce soit.
Je gémis plus fort, ma voix me tire de ma tête. Tu as cessé de me claquer le cul pour me mettre des pichenettes contre la chatte : l'entrée de mon vagin, mes lèvres, le petit bouton de chair... À la faveur de mes jambes en compas ouvert, tout y passe. Aléatoirement. Surtout ne pas me laisser reprendre un semblant de contrôle. Certains touchers sont presque agréables, d'autres plus délicats à encaisser. Tu sembles t'amuser de mes réactions, surtout quand je tressaute, comme si je me prenais des décharges électriques. Je veux y mettre fin en me retournant, mais tu n'es pas encore d'accord. Et tu continues ta petite torture. Jusqu'à ce que je te supplie d'avoir plus. Là, tu t'arrêtes. Je râle ouvertement.

- Je crois que tu commences à comprendre... Alors aujourd'hui, l'idée est simple, le programme reste le même qu'annoncé et je vais faire comme si tes fesses étaient aussi immaculées que prévu. Sauf qu'évidemment, elles ne le sont plus...

D'une tape appuyée, tu soutiens tes paroles, je piaille. Au lieu de me gronder, tu ris doucement. Et avant de me faire basculer complètement par terre, m'obligeant à me sortir du lit comme une otarie maladroite, et surtout sans pudeur, tu ajoutes :

- Ne t'inquiète pas, j'essaierais de ne pas trop te faire saigner.

À plat ventre sur ta moquette, je me redresse difficilement, comme enfiévrée...





Commentaires

  1. Mais qu’est-ce que c’est bien écrit dis donc. Cela faisait bien longtemps que je ne t’avais plus lue. Tu m’émerveilles. C’est dur, sensuel, enivrant, excitant. Quelle plume !

    Victor (faut-il préciser Victor13300 :))

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. N'en jetez plus Monsieur, je suis déjà pivoine 😳
      Merci beaucoup et ravie de te voir ici !
      Au plaisir… 😊

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Les plus lus du moment